Les graviers blancs crissent sous mes bottes pendant que le regard fixé à la fenêtre j'avance. J'ai cette impression que plus je me rapproche de la maison et plus mon but s'éloigne. Je le revois nettement ce soir-là avant que Gabriel ne m'appelle à lui. Il était assis les genoux repliés qui accueillaient dans leur creux son menton. Ses yeux ne pouvaient me mentir, il savait que j'allais partir pour toujours. Il a versé une larme puis deux et a ouvert la bouche. Il savait... Je l'ai embrassé avec douceur, cela ne me ressemblait pas. Il s'est réfugié dans mes bras, profitant encore un instant de la chaleur de mon corps. De même j'ai humé son odeur de sous-bois sans rien laisser paraitre. Je l'ai défait de son étreinte et suis parti sans jeter un dernier regard. Pendant que je volais en direction de chez Michel j'aurai cru l'entendre hurler de douleur....
Me rappeler cet instant me brise le coeur et me broie les entrailles. J'ai comme envie de vomir, mon estomac se serre si rudement que je me courberai presque sur le sol. Et si je décidai de ne pas aller au bout ? Si je repartai aussi brusquement ? Déjà j'ai failli me faire remarquer par Senyan qui guettait le retour de Keegan, perché sur sa haute branche. Heureusement que mes dons me permettent l'invisibilité, sans cela j'aurai été mis à découvert. Je m'avance tout en pensant à l'instant où il va me voir, j'ai comme l'impression qu'une éternité est passé. Je ne peux même pas dire combien de jours, de mois ou d'années je suis parti... Mon regard fixé sur le volet clos, je peux aperçevoir à travers les planches mal jointes un filet de lumière. Il est donc ici... mais pas seul. M'aurait-il remplacé ? Je percois une présence féminine à ses côtés, ce ne peut être que Tristen ou Lobelia. Je n'ai qu'un saut désormais à exécuter et tel un acrobate je me perche sur le balcon. Avant de toquer contre le volet j'ai envie encore une dernière fois de savourer l'instant qui va arriver. Je n'ose me lancer, mon index hésite contre le bois usé. Cette fois c'est bon, j'ai toqué... mais j'attends et rien ne se passe. Je réitère mon geste en amplifiant la force cette fois-ci. Pour de bon je crois même que les chiens dans le chenil qui dormaient apaisés se sont éveillés. J'entends leur grognement sourd résonner dans ma tête, Clovis dort encore la truffe laissant sur le sol une petite tâche sombre. Néron a relevé la tête, les babines pendants et la tête légèrement inclinée pour entendre plus distinctement. Encore un coup, un dernier et je repars. Mon doigt est prêt à toquer et à l'instant j'entends le loquet grincer sur la tige métallique. Une tête dorée passe par l'entrebaillement et vient me toiser de son regard bleuté. Un sourire s'ouvre délicatement sur deux canines affutées que je reconnaitrais entre toutes.
"Belladonne !" ma voix résonnent dans la pièce. Derrière elle se tient Deechlann, fier comme Artaban, à la fois décontenancé mais gardant une apparence neutre. Il pousse de la main sa petite soeur et sort sur le balcon en refermant le volet derrière lui. Ses yeux se posent sur moi et de sa main il vient toucher ma joue. Aurait-il cru à une apparition ? Non je suis revenu, c'est bien moi je suis là, pour toi...
"Galdric..." sa voix termine en un soupir et sans même réfléchir le voilà déjà dans mes bras qui le serre aussi fort qu'ils puissent. Mes jointures blanchissent pendant qu'il est sur mon coeur et que je sens une larme qui coule sur sa joue venant s'écraser sur ma chemise blanche. Son odeur encore familière n'a pas changé.
"Combien de temps..." me souffle-t-il avant d'accueillir ses lèvres en un baiser chaste.
"Trop, tu le sais bien. Ca n'a plus d'importance maintenant parce que tu es là..."
Refuser ou accueillir sa douceur et son pardon... que dois-je faire ? Mon Dieu...
Qu'allons-nous devenir ?
Me rappeler cet instant me brise le coeur et me broie les entrailles. J'ai comme envie de vomir, mon estomac se serre si rudement que je me courberai presque sur le sol. Et si je décidai de ne pas aller au bout ? Si je repartai aussi brusquement ? Déjà j'ai failli me faire remarquer par Senyan qui guettait le retour de Keegan, perché sur sa haute branche. Heureusement que mes dons me permettent l'invisibilité, sans cela j'aurai été mis à découvert. Je m'avance tout en pensant à l'instant où il va me voir, j'ai comme l'impression qu'une éternité est passé. Je ne peux même pas dire combien de jours, de mois ou d'années je suis parti... Mon regard fixé sur le volet clos, je peux aperçevoir à travers les planches mal jointes un filet de lumière. Il est donc ici... mais pas seul. M'aurait-il remplacé ? Je percois une présence féminine à ses côtés, ce ne peut être que Tristen ou Lobelia. Je n'ai qu'un saut désormais à exécuter et tel un acrobate je me perche sur le balcon. Avant de toquer contre le volet j'ai envie encore une dernière fois de savourer l'instant qui va arriver. Je n'ose me lancer, mon index hésite contre le bois usé. Cette fois c'est bon, j'ai toqué... mais j'attends et rien ne se passe. Je réitère mon geste en amplifiant la force cette fois-ci. Pour de bon je crois même que les chiens dans le chenil qui dormaient apaisés se sont éveillés. J'entends leur grognement sourd résonner dans ma tête, Clovis dort encore la truffe laissant sur le sol une petite tâche sombre. Néron a relevé la tête, les babines pendants et la tête légèrement inclinée pour entendre plus distinctement. Encore un coup, un dernier et je repars. Mon doigt est prêt à toquer et à l'instant j'entends le loquet grincer sur la tige métallique. Une tête dorée passe par l'entrebaillement et vient me toiser de son regard bleuté. Un sourire s'ouvre délicatement sur deux canines affutées que je reconnaitrais entre toutes.
"Belladonne !" ma voix résonnent dans la pièce. Derrière elle se tient Deechlann, fier comme Artaban, à la fois décontenancé mais gardant une apparence neutre. Il pousse de la main sa petite soeur et sort sur le balcon en refermant le volet derrière lui. Ses yeux se posent sur moi et de sa main il vient toucher ma joue. Aurait-il cru à une apparition ? Non je suis revenu, c'est bien moi je suis là, pour toi...
"Galdric..." sa voix termine en un soupir et sans même réfléchir le voilà déjà dans mes bras qui le serre aussi fort qu'ils puissent. Mes jointures blanchissent pendant qu'il est sur mon coeur et que je sens une larme qui coule sur sa joue venant s'écraser sur ma chemise blanche. Son odeur encore familière n'a pas changé.
"Combien de temps..." me souffle-t-il avant d'accueillir ses lèvres en un baiser chaste.
"Trop, tu le sais bien. Ca n'a plus d'importance maintenant parce que tu es là..."
Refuser ou accueillir sa douceur et son pardon... que dois-je faire ? Mon Dieu...
Qu'allons-nous devenir ?